
« Informez-vous car nous aurons besoin de toute notre intelligence, agitez-vous car nous aurons besoin de tout notre enthousiasme, organisez-vous car nous aurons besoin de toutes nos forces. »
– Antonio Gramsci
L’année 2025 s’inscrit dans un contexte de tensions accrues pour le secteur des arts plastiques en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les constats posés en début d’année par l’Observatoire des Politiques Culturelles (OPC), notamment à travers son portrait socio-économique du secteur des Arts Plastiques ainsi que son cadastre de l’emploi dans le secteur culturel, ne laissent plus place au doute : la précarité des travailleur·euses des arts plastiques est structurelle et profonde. Plus de la moitié des travailleur·euses des arts plastiques vivent avec moins de 1’000 € nets par mois, tandis que les revenus moyens, tant pour les salarié·es que pour les indépendant·es, restent largement en deçà de ceux observés dans les autres secteurs.1
Ce diagnostic alarmant contraste fortement avec l’intérêt croissant du public pour les arts visuels. Selon le Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en 2024, plus de 400’000 personnes ont fréquenté les lieux subventionnés, confirmant le rôle essentiel que joue notre secteur dans la vie culturelle. Pourtant, cette vitalité ne se traduit pas en soutien politique à la hauteur des enjeux. Représentant à peine 1,42 % du budget culturel, les arts plastiques continuent de souffrir d’un sous-financement chronique, aggravé par l’absence d’indexation et le moratoire de 3 ans qui menacent durablement les opérateurs comme les artistes.2
Dans ce contexte, les avancées attendues en matière de juste rémunération peinent à se concrétiser. Le rejet de la proposition de résolution visant à mieux encadrer la rémunération des artistes au sein des institutions subventionnées illustre les blocages persistants, malgré un consensus politique affiché sur la nécessité d’agir.3
Face à ces contradictions, l’année écoulée a également été marquée par une mobilisation sans précédent du secteur culturel. Aux côtés de nombreux acteur·ices, laFAP s’est engagée pleinement dans la défense des droits sociaux des travailleur·euses des arts plastiques, affirmant avec force la nécessité de politiques publiques justes, cohérentes et à la hauteur des réalités de terrain.
L’année 2025 a été marquée par une mobilisation historique du secteur culturel, en réaction aux menaces pesant sur les droits sociaux des travailleur·euses des arts. Mois après mois, près d’une dizaine d’actions et de rassemblements ont été organisés au sein du secteur culturel ainsi que dans des dynamiques intersectorielles, confirmant l’ancrage du secteur des arts plastiques dans les luttes sociales et professionnelles plus larges.
Le 31 mars, à l’appel des syndicats, plus de 5’000 travailleur·euses des arts se sont rassemblé·es devant le Théâtre Royal de la Monnaie, à Bruxelles, dans le cadre de la grève nationale. Artistes, technicien·nes, enseignant·es, étudiant·es et travailleur·euses culturels de tous horizons se sont uni·es pour dénoncer les projets de réforme du gouvernement, et en particulier la volonté de limiter à deux ans les allocations de travail des arts.

Cette mobilisation d’ampleur, inédite pour le secteur, a marqué un tournant. Elle a permis de rendre visible la réalité des travailleur·euses des arts et de fédérer largement au-delà des disciplines. La constitution d’un bloc culture fort, uni et représentatif, ainsi que l’émergence du Groupe 31 mars, témoignent de cette dynamique collective nouvelle.
Si cette mobilisation a contraint le gouvernement à revenir partiellement sur certaines mesures, les inquiétudes restent vives. Le renforcement des contrôles et les réformes en cours continuent d’alimenter un climat d’incertitude et de fragilisation pour les quelque 10’000 bénéficiaires du statut de travailleur·euse des arts en Belgique.
Cette dynamique s’est prolongée tout au long de l’année, à travers de nombreuses mobilisations intersectorielles. Le 25 juin, le secteur culturel s’est mobilisé en nombre au sein d’un cortège rassemblant au total 40’000 personnes. Le 14 octobre, ce sont plus de 140’000 personnes qui ont défilé dans les rues de Bruxelles pour défendre les droits sociaux, notamment en matière de pensions.4

Le 17 novembre, laFAP a pris part à l’Assemblée générale de la culture organisée par le Groupe 31 mars aux Halles de Schaerbeek, réunissant un large front d’acteur·ices culturels pour s’opposer aux politiques d’austérité.

Cette dynamique s’est poursuivie lors de la grève du 26 novembre et du rassemblement au Mont des Arts pour faire face aux réformes impactant la culture au niveau fédéral et communautaire et notamment aux coupes budgétaires annoncées en FWB.

Les réformes budgétaires en FWB ont également été au coeur d’une mobilisation le 15 décembre et ont donné lieu à un communiqué et une campagne collective du secteur des arts plastiques aux côtés de l’ASAP, ASTRAC, Brussels Museums, NICC, RABKO et 50° NORD – 3° EST. Avec son slogan # ARTS PLASTIQUES EN DANGER la campagne a mis en lumière la simultanéité des atteintes portées au secteur des arts plastiques au niveau fédéral, communautaire mais aussi communal, avec notamment la décision de fermeture de la Centrale for Contemporary Art par la ville de Bruxelles. Des mesures aux conséquences sociales dramatiques, laissant entrevoir une remise en cause structurelle de l’existence même du secteur.5

En parallèle des mobilisations, laFAP a poursuivi et renforcé ses actions de plaidoyer, affirmant son rôle d’interlocuteur clé pour le secteur des arts plastiques, tant à l’échelle locale qu’internationale.
Elle a activement participé aux espaces de concertation et de décision, notamment à travers sa représentation au sein de la Chambre de Concertation des Arts plastiques, du Conseil supérieur de la Culture, de la Commission du Travail des Arts, de la Commission consultative des Arts plastiques ainsi que du comité de suivi de l’Observatoire des Politiques Culturelles.
LaFAP s’est également engagée dans plusieurs chantiers structurants, dont la révision du décret des Arts plastiques et les réflexions autour des contenus culturels de la RTBF.
LaFAP a par ailleurs renforcé ses collaborations à l’échelle nationale. Elle est membre de l’UPACt et travaille en étroite relation avec de nombreuses organisations du secteur, parmi lesquelles ASAP, NICC, RABKO, Brussels Museums, ASTRAC, SOTA, Kunstenpunt, B.A.O., Engagements.art, ainsi que des partenaires syndicaux et associatifs. Ces alliances contribuent à renforcer la capacité d’action collective du secteur et à porter plus efficacement ses revendications à tous les niveaux de pouvoir.
En 2025, laFAP a affirmé son rôle sur la scène européenne. Elle entretient des liens avec des organisations telles que le Syndicat National des Artistes Plasticien·nes (SNAP-CGT) en France, Visarte en Suisse, Art Workers Italia.
Elle a été invitée à intervenir lors du lancement des Journées Nationales des Artistes à Paris, le 12 septembre 2025. À cette occasion, sa coordinatrice a participé à une table ronde consacrée à la question d’un statut de l’artiste en Europe, aux côtés de représentant·es institutionnel·les et professionnel·les européen·nes.6 Cette intervention a permis de mettre en lumière le modèle belge du statut de travailleur·euse des arts, tout en contribuant aux réflexions en cours à l’échelle européenne sur l’harmonisation et la reconnaissance des droits des artistes.

LaFAP a également participé au Congrès 2025 du SNAP-CGT en France, dans le cadre d’une table ronde dédiée aux solidarités internationales entre artistes-auteur·ices. Son implication auprès des représentants des travailleur·euses des arts plastiques lui a permis d’accompagner le projet de loi sur la continuité des revenus des artistes-auteurs dans son parcours parlementaire en France à travers deux auditions à l’Assemblée Nationale et au Sénat.
LaFAP a également tenu le rôle de porte parole pour présenter le modèle de statut de travailleur·euses des arts belge dans un article de Nicole Vulser pour le journal Le Monde intitulé « (s'ouvre dans un nouvel onglet)La Belgique et l’Irlande, seuls pays à protéger le travail nécessaire à la création » (s'ouvre dans un nouvel onglet).

Au cours de l’année 2025, laFAP a poursuivi son travail de documentation et d’analyse du secteur à travers plusieurs publications structurantes, contribuant à objectiver les réalités vécues par les travailleur·euses des arts plastiques et à outiller les revendications collectives.
Fruit d’une année de recherche menée par Ana Bordenave, historienne et critique d’art, la publication « Compter, contourner, créer. Trajectoires d’artistes femmes et minorités de genre en Fédération Wallonie-Bruxelles » propose une analyse approfondie des inégalités qui traversent les travailleur·euses du secteur.
S’appuyant à la fois sur une approche statistique et sur une enquête de terrain nourrie d’entretiens anonymes avec des artistes et des acteur·ices du secteur, cette étude met en lumière les mécanismes de discrimination à l’œuvre ainsi que leurs impacts concrets sur les trajectoires professionnelles, les conditions de travail et les choix de carrière.
Lancée le 7 février 2025 à l’occasion du Grand Gala de la Galère aux Ateliers Mommen, cette publication mise en page par Marouchka Payen et illustrée par Noëmi Béchu constitue un outil essentiel pour penser et transformer les conditions d’accès et de reconnaissance dans le secteur des arts plastiques.
L’enquête est disponible en pdf et est désormais également accessible au format web depuis avril 2026.

LaFAP a également poursuivi la diffusion de la Charte générale de bonnes pratiques dans les arts plastiques, élaborée en concertation avec des représentant·es des travailleur·euses des arts et des opérateurs culturels.
Inspirée de dispositifs existants en Flandre et en France, cette charte vise à établir un cadre de référence commun pour encadrer les relations professionnelles dans le secteur : création, exposition, commande, acquisition, médiation, écriture et diffusion.
Elle s’adresse à l’ensemble des acteur·ices des arts plastiques et constitue un levier concret pour promouvoir des pratiques plus équitables, transparentes et respectueuses du travail artistique.
En 2025, laFAP est intervenue dans plusieurs Écoles Supérieures des Arts en Fédération Wallonie-Bruxelles (ARBA, Saint-Luc, ERG, ENSAV La Cambre, Beaux-Arts de Liège, Tournai…), contribuant à informer et sensibiliser les étudiant·es aux réalités professionnelles du secteur.
Elle a également participé à de nombreuses rencontres, conférences et tables rondes (Escale du Nord, Parcours d’artistes, initiatives communales), ainsi qu’à des formations sectorielles en collaboration avec Amplo.
En parallèle, la FAP poursuit ses missions d’information et d’accompagnement à travers ses outils de communication (newsletter, réseaux sociaux, prises de parole publiques) et en proposant des conseils individualisés à ses membres.
Organisé le 7 février 2025 aux Ateliers Mommen, le premier Grand Gala de la Galère a marqué un temps fort de l’année. Pensé comme un moment de rassemblement, de visibilité et de célébration, cet événement a réuni artistes, professionnel·les et publics autour d’une soirée mêlant performances, rencontres et échanges.

Au-delà de sa dimension festive, le Gala a constitué un espace politique et symbolique fort, affirmant la nécessité de faire communauté afin d’améliorer les conditions de travail au sein du secteur. Une série d’affiches informatives réalisée par Camille Lemille, une performance des Frappeuses (s'ouvre dans un nouvel onglet) – Femmes Résistantes Artistes Professionnelles) ainsi qu’une animation autour du projet L’Image manquante de l’artiste (s'ouvre dans un nouvel onglet) de Bruno Goosse ont permis d’ouvrir la discussion sur des enjeux propres au secteur, en matière de rémunération, d’égalité de genre ou de représentation stéréotypée de nos métiers.

L’année a également été marquée par une reconnaissance importante pour laFAP, désignée comme bénéficiaire d’une bourse du lauréat dans le cadre du Prix Promona pour les Arts, à l’initiative de la SOFAM et de la Fondation Roi Baudouin.
Attribuée sur proposition de l’artiste Marie Zolamian, cette dotation de 5’000 € vient soutenir les activités de laFAP en faveur de la défense et de la structuration du secteur des arts plastiques et a permis à laFAP d’être présente sur le stand de la SOFAM lors de la 41e édition de Art Brussels.


La 9e Assemblée générale de laFAP s’est tenue le 5 juin 2025 au POELP, réunissant les membres autour des enjeux de gouvernance et des orientations de la fédération. Ce moment démocratique central a permis le renouvellement partiel du Conseil d’administration (CA) et a constitué un espace d’échange et d’engagement pour les membres souhaitant s’impliquer activement dans la vie de la fédération et a permis à la toute nouvelle Assemblée des structures en arts Plastiques, l’ASAP, de venir présenter ses objectifs et revendications.
Quatre nouveaux·elles membres — Axel Korban, Kim Cappart, Lucie Pinier et Manon Rondeau (s'ouvre dans un nouvel onglet) — ont rejoint le CA, tandis que Natalia de Mello et Carole Louis ont quitté leurs fonctions, après un engagement salué et remercié.
Avec Alexis Deconinck, Camille Lemille, Clara Thomine, Clémentine Davin, Jérôme Decock et Marius Escande, le Conseil d’administration compte aujourd’hui dix administrateur·ices, mobilisé·es pour défendre les intérêts du secteur et accompagner les orientations stratégiques de la fédération.
L’année 2025 a été marquée par un renforcement de l’équipe de coordination, avec la création d’un poste d’assistante de coordination et chargée de communication.
En juin, laFAP a ainsi accueilli Diane Fleury, graphiste, historienne de l’art et actrice culturelle, engagée dans les dynamiques collectives du secteur. Son arrivée permet de consolider le fonctionnement quotidien de la fédération en formant, avec Tiphanie Blanc, un binôme complémentaire au sein de l’équipe de coordination.
Ce renforcement structurel intervient dans un contexte de montée en charge des activités de laFAP et de complexification des enjeux du secteur.
LaFAP poursuit le développement d’un modèle de gouvernance participatif et horizontal, fondé sur l’implication active de ses membres. L’association a connu une croissance continue en 2025, atteignant près de 500 membres, témoignant de la reconnaissance de son rôle au sein du secteur.
Le Conseil d’Administration, composé d’une dizaine de membres et renouvelé par tiers chaque année (avec une durée maximale de mandat de quatre ans), garantit à la fois continuité et ouverture à de nouvelles perspectives. Son fonctionnement repose sur des réunions régulières — deux par mois — favorisant la prise de décision collective et l’expression de toutes les voix, avec la volonté d’accorder une attention particulière aux positions minorisées.
Par ailleurs, laFAP s’organise en groupes de travail thématiques, associant membres et expert·es, afin de répondre de manière approfondie à des enjeux spécifiques. Parmi les chantiers en cours figurent notamment les questions de médiation et d’accompagnement des violences sexistes et sexuelles dans le secteur, ainsi que l’élaboration d’une charte de bonnes pratiques pour les résidences artistiques.
L’année 2025 se clôt sur des signaux particulièrement alarmants pour le secteur des arts plastiques. Entre le moratoire imposé en Fédération Wallonie-Bruxelles et l’annonce brutale de la fermeture de la Centrale for Contemporary Art à Bruxelles, c’est la pérennité même de nos professions qui est aujourd’hui menacée.
La fermeture annoncée de cette institution emblématique, à l’aube de son 20e anniversaire, constitue un choc pour l’ensemble du secteur. Elle fragilise durablement l’écosystème artistique en rompant des dynamiques essentielles : lien entre publics et création contemporaine, soutien aux artistes émergent·es, rayonnement international et ancrage des arts dans la société. Elle symbolise plus largement le manque de reconnaissance et de considération dont souffrent les arts plastiques.
Face à ces attaques, l’urgence est politique. Le secteur ne peut plus être relégué à la marge des priorités publiques. Il nécessite des engagements clairs, des moyens à la hauteur de ses réalités et une reconnaissance pleine et entière du travail artistique.
Dans ce contexte, laFAP continuera de jouer un rôle central : documenter, représenter, fédérer et mobiliser. Plus que jamais, la solidarité entre travailleur·euses, organisations et partenaires sera déterminante pour faire face aux défis à venir.
L’année 2026 sera celle du renforcement de nos actions collectives : consolidation des mobilisations, développement de nouveaux outils, refonte des supports de communication, structuration accrue du secteur et développement d’un réseau international à l’échelle européenne.

1« La précarité des Travailleureuses des Arts Plastiques confirmée par deux études de l’OPC », 23.04.25 : Lire l’article. ↑
2« Focus Culture 2024: Baisse de subvention mais hausse de fréquentation en arts visuels », 24.06.25 : Lire l’article ; « Coupes budgétaires en FWB : Le cabinet Degryse sacrifie les arts plastiques et numériques et creuse les inégalités entre les grands secteurs de la création », 13.11.25 : Lire l’article. ↑
3« La juste rémunération des artistes plasticiens reste un casse-tête sans réponse : la proposition socialiste refusée par la majorité », 18.03.25 : Lire l’article. ↑
4« La Culture en front uni pour les pensions lors de la mobilisation nationale du 14 octobre », 03.10.25, Lire l’article.
5« Communiqué collectif du secteur des arts plastiques », 11.12.25 : Lire l’article. ↑
6« ‹ Vers un statut de l’artiste en Europe? › : LaFAP, porte-parole belge lors du lancement des Journées Nationales des Artistes à Paris », 09.09.25 : Lire l’article et voir l’intervention vidéo. ↑

« Informez-vous car nous aurons besoin de toute notre intelligence, agitez-vous car nous aurons besoin de tout notre enthousiasme, organisez-vous car nous aurons besoin de toutes nos forces. »
– Antonio Gramsci
L’année 2025 s’inscrit dans un contexte de tensions accrues pour le secteur des arts plastiques en Fédération Wallonie-Bruxelles. Les constats posés en début d’année par l’Observatoire des Politiques Culturelles (OPC), notamment à travers son portrait socio-économique du secteur des Arts Plastiques ainsi que son cadastre de l’emploi dans le secteur culturel, ne laissent plus place au doute : la précarité des travailleur·euses des arts plastiques est structurelle et profonde. Plus de la moitié des travailleur·euses des arts plastiques vivent avec moins de 1’000 € nets par mois, tandis que les revenus moyens, tant pour les salarié·es que pour les indépendant·es, restent largement en deçà de ceux observés dans les autres secteurs.1
Ce diagnostic alarmant contraste fortement avec l’intérêt croissant du public pour les arts visuels. Selon le Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en 2024, plus de 400’000 personnes ont fréquenté les lieux subventionnés, confirmant le rôle essentiel que joue notre secteur dans la vie culturelle. Pourtant, cette vitalité ne se traduit pas en soutien politique à la hauteur des enjeux. Représentant à peine 1,42 % du budget culturel, les arts plastiques continuent de souffrir d’un sous-financement chronique, aggravé par l’absence d’indexation et le moratoire de 3 ans qui menacent durablement les opérateurs comme les artistes.2
Dans ce contexte, les avancées attendues en matière de juste rémunération peinent à se concrétiser. Le rejet de la proposition de résolution visant à mieux encadrer la rémunération des artistes au sein des institutions subventionnées illustre les blocages persistants, malgré un consensus politique affiché sur la nécessité d’agir.3
Face à ces contradictions, l’année écoulée a également été marquée par une mobilisation sans précédent du secteur culturel. Aux côtés de nombreux acteur·ices, laFAP s’est engagée pleinement dans la défense des droits sociaux des travailleur·euses des arts plastiques, affirmant avec force la nécessité de politiques publiques justes, cohérentes et à la hauteur des réalités de terrain.
L’année 2025 a été marquée par une mobilisation historique du secteur culturel, en réaction aux menaces pesant sur les droits sociaux des travailleur·euses des arts. Mois après mois, près d’une dizaine d’actions et de rassemblements ont été organisés au sein du secteur culturel ainsi que dans des dynamiques intersectorielles, confirmant l’ancrage du secteur des arts plastiques dans les luttes sociales et professionnelles plus larges.
Le 31 mars, à l’appel des syndicats, plus de 5’000 travailleur·euses des arts se sont rassemblé·es devant le Théâtre Royal de la Monnaie, à Bruxelles, dans le cadre de la grève nationale. Artistes, technicien·nes, enseignant·es, étudiant·es et travailleur·euses culturels de tous horizons se sont uni·es pour dénoncer les projets de réforme du gouvernement, et en particulier la volonté de limiter à deux ans les allocations de travail des arts.

Cette mobilisation d’ampleur, inédite pour le secteur, a marqué un tournant. Elle a permis de rendre visible la réalité des travailleur·euses des arts et de fédérer largement au-delà des disciplines. La constitution d’un bloc culture fort, uni et représentatif, ainsi que l’émergence du Groupe 31 mars, témoignent de cette dynamique collective nouvelle.
Si cette mobilisation a contraint le gouvernement à revenir partiellement sur certaines mesures, les inquiétudes restent vives. Le renforcement des contrôles et les réformes en cours continuent d’alimenter un climat d’incertitude et de fragilisation pour les quelque 10’000 bénéficiaires du statut de travailleur·euse des arts en Belgique.
Cette dynamique s’est prolongée tout au long de l’année, à travers de nombreuses mobilisations intersectorielles. Le 25 juin, le secteur culturel s’est mobilisé en nombre au sein d’un cortège rassemblant au total 40’000 personnes. Le 14 octobre, ce sont plus de 140’000 personnes qui ont défilé dans les rues de Bruxelles pour défendre les droits sociaux, notamment en matière de pensions.4

Le 17 novembre, laFAP a pris part à l’Assemblée générale de la culture organisée par le Groupe 31 mars aux Halles de Schaerbeek, réunissant un large front d’acteur·ices culturels pour s’opposer aux politiques d’austérité.

Cette dynamique s’est poursuivie lors de la grève du 26 novembre et du rassemblement au Mont des Arts pour faire face aux réformes impactant la culture au niveau fédéral et communautaire et notamment aux coupes budgétaires annoncées en FWB.

Les réformes budgétaires en FWB ont également été au coeur d’une mobilisation le 15 décembre et ont donné lieu à un communiqué et une campagne collective du secteur des arts plastiques aux côtés de l’ASAP, ASTRAC, Brussels Museums, NICC, RABKO et 50° NORD – 3° EST. Avec son slogan # ARTS PLASTIQUES EN DANGER la campagne a mis en lumière la simultanéité des atteintes portées au secteur des arts plastiques au niveau fédéral, communautaire mais aussi communal, avec notamment la décision de fermeture de la Centrale for Contemporary Art par la ville de Bruxelles. Des mesures aux conséquences sociales dramatiques, laissant entrevoir une remise en cause structurelle de l’existence même du secteur.5

En parallèle des mobilisations, laFAP a poursuivi et renforcé ses actions de plaidoyer, affirmant son rôle d’interlocuteur clé pour le secteur des arts plastiques, tant à l’échelle locale qu’internationale.
Elle a activement participé aux espaces de concertation et de décision, notamment à travers sa représentation au sein de la Chambre de Concertation des Arts plastiques, du Conseil supérieur de la Culture, de la Commission du Travail des Arts, de la Commission consultative des Arts plastiques ainsi que du comité de suivi de l’Observatoire des Politiques Culturelles.
LaFAP s’est également engagée dans plusieurs chantiers structurants, dont la révision du décret des Arts plastiques et les réflexions autour des contenus culturels de la RTBF.
LaFAP a par ailleurs renforcé ses collaborations à l’échelle nationale. Elle est membre de l’UPACt et travaille en étroite relation avec de nombreuses organisations du secteur, parmi lesquelles ASAP, NICC, RABKO, Brussels Museums, ASTRAC, SOTA, Kunstenpunt, B.A.O., Engagements.art, ainsi que des partenaires syndicaux et associatifs. Ces alliances contribuent à renforcer la capacité d’action collective du secteur et à porter plus efficacement ses revendications à tous les niveaux de pouvoir.
En 2025, laFAP a affirmé son rôle sur la scène européenne. Elle entretient des liens avec des organisations telles que le Syndicat National des Artistes Plasticien·nes (SNAP-CGT) en France, Visarte en Suisse, Art Workers Italia.
Elle a été invitée à intervenir lors du lancement des Journées Nationales des Artistes à Paris, le 12 septembre 2025. À cette occasion, sa coordinatrice a participé à une table ronde consacrée à la question d’un statut de l’artiste en Europe, aux côtés de représentant·es institutionnel·les et professionnel·les européen·nes.6 Cette intervention a permis de mettre en lumière le modèle belge du statut de travailleur·euse des arts, tout en contribuant aux réflexions en cours à l’échelle européenne sur l’harmonisation et la reconnaissance des droits des artistes.

LaFAP a également participé au Congrès 2025 du SNAP-CGT en France, dans le cadre d’une table ronde dédiée aux solidarités internationales entre artistes-auteur·ices. Son implication auprès des représentants des travailleur·euses des arts plastiques lui a permis d’accompagner le projet de loi sur la continuité des revenus des artistes-auteurs dans son parcours parlementaire en France à travers deux auditions à l’Assemblée Nationale et au Sénat.
LaFAP a également tenu le rôle de porte parole pour présenter le modèle de statut de travailleur·euses des arts belge dans un article de Nicole Vulser pour le journal Le Monde intitulé « (s'ouvre dans un nouvel onglet)La Belgique et l’Irlande, seuls pays à protéger le travail nécessaire à la création » (s'ouvre dans un nouvel onglet).

Au cours de l’année 2025, laFAP a poursuivi son travail de documentation et d’analyse du secteur à travers plusieurs publications structurantes, contribuant à objectiver les réalités vécues par les travailleur·euses des arts plastiques et à outiller les revendications collectives.
Fruit d’une année de recherche menée par Ana Bordenave, historienne et critique d’art, la publication « Compter, contourner, créer. Trajectoires d’artistes femmes et minorités de genre en Fédération Wallonie-Bruxelles » propose une analyse approfondie des inégalités qui traversent les travailleur·euses du secteur.
S’appuyant à la fois sur une approche statistique et sur une enquête de terrain nourrie d’entretiens anonymes avec des artistes et des acteur·ices du secteur, cette étude met en lumière les mécanismes de discrimination à l’œuvre ainsi que leurs impacts concrets sur les trajectoires professionnelles, les conditions de travail et les choix de carrière.
Lancée le 7 février 2025 à l’occasion du Grand Gala de la Galère aux Ateliers Mommen, cette publication mise en page par Marouchka Payen et illustrée par Noëmi Béchu constitue un outil essentiel pour penser et transformer les conditions d’accès et de reconnaissance dans le secteur des arts plastiques.
L’enquête est disponible en pdf et est désormais également accessible au format web depuis avril 2026.

LaFAP a également poursuivi la diffusion de la Charte générale de bonnes pratiques dans les arts plastiques, élaborée en concertation avec des représentant·es des travailleur·euses des arts et des opérateurs culturels.
Inspirée de dispositifs existants en Flandre et en France, cette charte vise à établir un cadre de référence commun pour encadrer les relations professionnelles dans le secteur : création, exposition, commande, acquisition, médiation, écriture et diffusion.
Elle s’adresse à l’ensemble des acteur·ices des arts plastiques et constitue un levier concret pour promouvoir des pratiques plus équitables, transparentes et respectueuses du travail artistique.
En 2025, laFAP est intervenue dans plusieurs Écoles Supérieures des Arts en Fédération Wallonie-Bruxelles (ARBA, Saint-Luc, ERG, ENSAV La Cambre, Beaux-Arts de Liège, Tournai…), contribuant à informer et sensibiliser les étudiant·es aux réalités professionnelles du secteur.
Elle a également participé à de nombreuses rencontres, conférences et tables rondes (Escale du Nord, Parcours d’artistes, initiatives communales), ainsi qu’à des formations sectorielles en collaboration avec Amplo.
En parallèle, la FAP poursuit ses missions d’information et d’accompagnement à travers ses outils de communication (newsletter, réseaux sociaux, prises de parole publiques) et en proposant des conseils individualisés à ses membres.
Organisé le 7 février 2025 aux Ateliers Mommen, le premier Grand Gala de la Galère a marqué un temps fort de l’année. Pensé comme un moment de rassemblement, de visibilité et de célébration, cet événement a réuni artistes, professionnel·les et publics autour d’une soirée mêlant performances, rencontres et échanges.

Au-delà de sa dimension festive, le Gala a constitué un espace politique et symbolique fort, affirmant la nécessité de faire communauté afin d’améliorer les conditions de travail au sein du secteur. Une série d’affiches informatives réalisée par Camille Lemille, une performance des Frappeuses (s'ouvre dans un nouvel onglet) – Femmes Résistantes Artistes Professionnelles) ainsi qu’une animation autour du projet L’Image manquante de l’artiste (s'ouvre dans un nouvel onglet) de Bruno Goosse ont permis d’ouvrir la discussion sur des enjeux propres au secteur, en matière de rémunération, d’égalité de genre ou de représentation stéréotypée de nos métiers.

L’année a également été marquée par une reconnaissance importante pour laFAP, désignée comme bénéficiaire d’une bourse du lauréat dans le cadre du Prix Promona pour les Arts, à l’initiative de la SOFAM et de la Fondation Roi Baudouin.
Attribuée sur proposition de l’artiste Marie Zolamian, cette dotation de 5’000 € vient soutenir les activités de laFAP en faveur de la défense et de la structuration du secteur des arts plastiques et a permis à laFAP d’être présente sur le stand de la SOFAM lors de la 41e édition de Art Brussels.


La 9e Assemblée générale de laFAP s’est tenue le 5 juin 2025 au POELP, réunissant les membres autour des enjeux de gouvernance et des orientations de la fédération. Ce moment démocratique central a permis le renouvellement partiel du Conseil d’administration (CA) et a constitué un espace d’échange et d’engagement pour les membres souhaitant s’impliquer activement dans la vie de la fédération et a permis à la toute nouvelle Assemblée des structures en arts Plastiques, l’ASAP, de venir présenter ses objectifs et revendications.
Quatre nouveaux·elles membres — Axel Korban, Kim Cappart, Lucie Pinier et Manon Rondeau (s'ouvre dans un nouvel onglet) — ont rejoint le CA, tandis que Natalia de Mello et Carole Louis ont quitté leurs fonctions, après un engagement salué et remercié.
Avec Alexis Deconinck, Camille Lemille, Clara Thomine, Clémentine Davin, Jérôme Decock et Marius Escande, le Conseil d’administration compte aujourd’hui dix administrateur·ices, mobilisé·es pour défendre les intérêts du secteur et accompagner les orientations stratégiques de la fédération.
L’année 2025 a été marquée par un renforcement de l’équipe de coordination, avec la création d’un poste d’assistante de coordination et chargée de communication.
En juin, laFAP a ainsi accueilli Diane Fleury, graphiste, historienne de l’art et actrice culturelle, engagée dans les dynamiques collectives du secteur. Son arrivée permet de consolider le fonctionnement quotidien de la fédération en formant, avec Tiphanie Blanc, un binôme complémentaire au sein de l’équipe de coordination.
Ce renforcement structurel intervient dans un contexte de montée en charge des activités de laFAP et de complexification des enjeux du secteur.
LaFAP poursuit le développement d’un modèle de gouvernance participatif et horizontal, fondé sur l’implication active de ses membres. L’association a connu une croissance continue en 2025, atteignant près de 500 membres, témoignant de la reconnaissance de son rôle au sein du secteur.
Le Conseil d’Administration, composé d’une dizaine de membres et renouvelé par tiers chaque année (avec une durée maximale de mandat de quatre ans), garantit à la fois continuité et ouverture à de nouvelles perspectives. Son fonctionnement repose sur des réunions régulières — deux par mois — favorisant la prise de décision collective et l’expression de toutes les voix, avec la volonté d’accorder une attention particulière aux positions minorisées.
Par ailleurs, laFAP s’organise en groupes de travail thématiques, associant membres et expert·es, afin de répondre de manière approfondie à des enjeux spécifiques. Parmi les chantiers en cours figurent notamment les questions de médiation et d’accompagnement des violences sexistes et sexuelles dans le secteur, ainsi que l’élaboration d’une charte de bonnes pratiques pour les résidences artistiques.
L’année 2025 se clôt sur des signaux particulièrement alarmants pour le secteur des arts plastiques. Entre le moratoire imposé en Fédération Wallonie-Bruxelles et l’annonce brutale de la fermeture de la Centrale for Contemporary Art à Bruxelles, c’est la pérennité même de nos professions qui est aujourd’hui menacée.
La fermeture annoncée de cette institution emblématique, à l’aube de son 20e anniversaire, constitue un choc pour l’ensemble du secteur. Elle fragilise durablement l’écosystème artistique en rompant des dynamiques essentielles : lien entre publics et création contemporaine, soutien aux artistes émergent·es, rayonnement international et ancrage des arts dans la société. Elle symbolise plus largement le manque de reconnaissance et de considération dont souffrent les arts plastiques.
Face à ces attaques, l’urgence est politique. Le secteur ne peut plus être relégué à la marge des priorités publiques. Il nécessite des engagements clairs, des moyens à la hauteur de ses réalités et une reconnaissance pleine et entière du travail artistique.
Dans ce contexte, laFAP continuera de jouer un rôle central : documenter, représenter, fédérer et mobiliser. Plus que jamais, la solidarité entre travailleur·euses, organisations et partenaires sera déterminante pour faire face aux défis à venir.
L’année 2026 sera celle du renforcement de nos actions collectives : consolidation des mobilisations, développement de nouveaux outils, refonte des supports de communication, structuration accrue du secteur et développement d’un réseau international à l’échelle européenne.

1« La précarité des Travailleureuses des Arts Plastiques confirmée par deux études de l’OPC », 23.04.25 : Lire l’article. ↑
2« Focus Culture 2024: Baisse de subvention mais hausse de fréquentation en arts visuels », 24.06.25 : Lire l’article ; « Coupes budgétaires en FWB : Le cabinet Degryse sacrifie les arts plastiques et numériques et creuse les inégalités entre les grands secteurs de la création », 13.11.25 : Lire l’article. ↑
3« La juste rémunération des artistes plasticiens reste un casse-tête sans réponse : la proposition socialiste refusée par la majorité », 18.03.25 : Lire l’article. ↑
4« La Culture en front uni pour les pensions lors de la mobilisation nationale du 14 octobre », 03.10.25, Lire l’article.
5« Communiqué collectif du secteur des arts plastiques », 11.12.25 : Lire l’article. ↑
6« ‹ Vers un statut de l’artiste en Europe? › : LaFAP, porte-parole belge lors du lancement des Journées Nationales des Artistes à Paris », 09.09.25 : Lire l’article et voir l’intervention vidéo. ↑